Par Gilbert Mercure

 

La traduction touristique : le piège du ciblage linguistique

Pour plusieurs régions du Québec, le développement économique est intrinsèquement lié au développement de l’offre touristique. Chaque année, les régions du Québec déploient énormément d’efforts dans le but de définir les offres et de les faire connaître tant auprès des autres régions qu’à l’extérieur du Québec.

Le choix des langues de communication

Il est primordial de développer des outils d’information et de promotion touristique dans au moins deux langues. Au Canada, le choix des langues officielles se fait quasi naturellement, et on le comprend. Cependant, il est important de distinguer le choix des langues de communication pour les efforts de développement intra-Québec et extra-Québec.

 

Si, par exemple, nous voulions vendre au Mexique un produit touristique québécois précis, ou même l’offre touristique en général, il serait nécessaire d’adapter le message à la culture et à la réalité géolinguistique de la région ciblée. Ainsi, le choix des mots en espagnol serait différent selon que nous nous adressons à des Mexicains, à des Argentins ou à des Espagnols. Les efforts de communication hors Québec doivent relever leur degré de connaissance culturelle afin de s’adapter à la culture ciblée.

 

La traduction intra-Québec, quant à elle, fait appel à une autre logique. Bien que plusieurs proposent d’ajouter l’espagnol comme langue d’information dans leurs documents imprimés ou en ligne, la très grande majorité s’en remet aux deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais. C’est précisément sur ce plan que l’on retrouve l’un des pires pièges de la traduction touristique : le faux ciblage linguistique.

 

L’anglais utilisé au Québec dans la traduction touristique cible presque toujours le client Canadien anglais ou Américain. Ainsi, les organismes de développement touristique et les agences de communication qui les épaulent font appel à des traducteurs généralistes qui considèrent le lecteur cible comme étant anglophone. Il n’est pas rare de retrouver, dans les guides touristiques et autres documents imprimés, des envolées littéraires quasi poétiques où les mots choisis s’adressent à des personnes ayant une connaissance approfondie des nuances et des richesses linguistiques de l’anglais.

 

Au Québec, l’anglais dans la communication touristique doit être considéré comme un outil de communication s’adressant à un large ensemble de personnes pour qui cette langue est seconde. Les visiteurs allemands, polonais ou japonais, par exemple, attirés chez nous notamment par le fait français – mais qui ne le parlent pas –, ne s’étonnent pas de trouver toute la documentation dans cette langue; cependant, lorsqu’ils ont besoin d’information, ils se tournent presque toujours vers la documentation anglaise, et ce, même s’ils en ont une connaissance souvent imparfaite. C’est cette réalité que la traduction touristique au Québec doit considérer. Il faut redéfinir la cible linguistique et considérer l’anglais comme un outil de communication qui ne nous sert pas seulement à charmer nos voisins d’à côté, mais plutôt à nous adresser, et nous faire comprendre, par la planète tout entière.

 

Publier un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*